jeudi 16 mars 2017

Qu’est-ce qui fait défaut ? Editorial de la Tribune des travailleurs du 15 mars 2017

Qu’est-ce qui fait défaut ?

Editorial de la Tribune des travailleurs du 15 mars 2017

Editorial de Daniel Gluckstein 
« Il faut convaincre la masse d’entrer dans le combat » (Jean-Luc Mélenchon) (1). Travailleurs et jeunes auraient besoin qu’on les « convainque d’entrer dans le combat » ? N’ont-ils pas, par millions, fait grève et manifesté, des mois durant, pour le retrait de la réforme El Khomri ?
Cette loi El Khomri, Mélenchon s’engage à l’abroger tout comme Hamon (2). Mais leurs récentes interviews (3) n’y font pas référence. Qui a besoin d’être « convaincu d’entrer dans le combat » pour l’abrogation de la loi El Khomri : la masse… ou les « grands dirigeants » ?
Tout le monde le sait : une candidature unique pour l’abrogation de la réforme El Khomri et la remise en cause, même limitée, du carcan de l’Union européenne pourrait l’emporter. À cela, Mélenchon répond : « Vous voulez parler de la candidature unique ? Je suis d’accord si c’est la mienne et c’est pareil pour Benoît Hamon. »
Que prépare la division ? Macron !
Telle est la perspective que les uns et les autres cherchent à mettre en place.
Mais Macron, c’est quoi ?
Macron, c’est la dénonciation des syndicats ouvriers « qui font beaucoup plus de politique que de dialogue social » et de leur « représentativité indue au niveau national ».
Macron, c’est plus loin et plus fort que la loi El Khomri : pour lui, le rôle primordial doit être accordé à l’accord d’entreprise afin que « les règles qui régissent le quotidien des salariés soient fixées au plus près de là où ils travaillent » et la réduction du nombre de branches à une fourchette comprise entre 50 et 100 (la loi El Khomri prévoit de les ramener de 700 à 200).
Macron, c’est la remise en cause immédiate des régimes de retraite, l’allongement du temps de cotisation nécessaire pour partir à taux plein.
Bref, Macron, c’est la noire réaction, au point que Mediapart écrit que son programme n’est que « le copier-coller des directives européennes ».
Et pourtant, le même refrain est repris par tous : le second tour sera un duel Macron/Le Pen et, dans ce cas… quel autre choix que le vote Macron ? L’éditorialiste de L’Humanité (9 mars) dénonce ceux qui voudraient « voter Emmanuel Macron dès le premier tour comme si on était déjà au second » : d’où l’on comprend que le quotidien qui reflète les vues du PCF appelle d’ores et déjà à voter Macron… mais au second tour seulement, qu’on se le dise !
Que Le Pen incarne l’infâme réaction, il n’y a là-dessus aucun doute. Que Mme Le Pen veuille tourner le rejet légitime de la politique de Hollande-Valls vers de fausses solutions pour, au bout du compte, mieux imposer les exigences de la classe capitaliste, c’est un fait démontré (lire page 4).
Mais qu’incarne Macron sinon la réaction qui concentre ses coups contre la classe ouvrière et la jeunesse, affiche la volonté de « dépasser les partis » (4) et d’intégrer les syndicats, ces deux piliers indissociables de la démocratie politique ?
Non, définitivement non : Macron n’est pas, ne peut être, ne sera jamais un rempart de défense de la démocratie contre la réaction, et encore moins un rempart derrière lequel pourraient se ranger les organisations et militants qui prétendent se situer sur un terrain de classe.
Alors qui renonce à « entrer dans le combat » sinon ceux qui de fait, par la division, votent Macron eux aussi ?
Et si la division l’emportait, qui en paierait les conséquences ? La classe ouvrière, en première ligne des coups portés par un gouvernement Macron appuyé sur une large union sacrée allant de la droite à l’extrême gauche.
Qui osera dire aux travailleurs que c’est la même chose d’avoir un gouvernement qui applique et aggrave la loi El Khomri ou un gouvernement qui l’abroge ?
Qui osera leur dire que c’est la même chose d’avoir un gouvernement qui ne fait que du « copier-coller des directives européennes » ou un gouvernement qui formule la question du carcan de l’Union européenne et de sa remise en cause (5) ?
Seuls ceux qui font passer le règlement de comptes avec Hollande et le PS au-dessus des intérêts de la classe ouvrière peuvent prétendre qu’il ne faut pas de candidature unique pour l’abrogation de la loi El Khomri et qu’il n’y a plus qu’à attendre l’élection de Macron (6).
Chacun connaît le combat de notre parti pour la rupture avec l’Union européenne et la Ve République, pour un gouvernement ouvrier de reconquête des droits et garanties, pour l’Assemblée constituante souveraine.
Pour autant, nous n’avons pas d’intérêts distincts de ceux de l’ensemble de la classe ouvrière.
À ceux qui revendiquent le « dégagisme », nous disons : il ne s’agit pas seulement de dégager Hollande et Valls, et de remplacer des hommes par d’autres hommes (cela, le système capitaliste a toujours su s’en accommoder).
Ce qu’il faut dégager, ce sont les contre-réformes réactionnaires (à commencer par la loi El Khomri) et les institutions qui permettent de les imposer.
Le premier acte en ce sens, c’est de se donner les moyens de l’unité qui, aujourd’hui encore, pourrait l’emporter et ouvrirait la marche à la reconquête de tout ce que les contre-réformes ont détruit.
La masse qui est en mouvement est disponible pour l’imposer, l’arracher et appuyer tout pas dans ce sens.
Ce n’est pas l’engagement de la masse qui fait défaut.
C’est la volonté des dirigeants, empêtrés dans leurs tergiversations et tétanisés par leur crainte de s’engager sur la voie de la rupture.
(1) La Marseillaise, 13 mars.
(2) Hamon l’a fait figurer dans le texte de son accord avec Jadot.
(3) Le Monde, pour Hamon, L’Humanité Dimanche et La Marseillaise pour Mélenchon.
>(4) On doit noter à ce sujet que Mélenchon (dans L’Humanité Dimanche) indique vouloir « fédérer le peuple » au-dessus des partis priés de ne pas venir avec leurs drapeaux dans le défilé du 18 mars et de rester en fin de cortège.
(5) Mélenchon appelle à sortir des traités, sans remettre en cause
la Banque centrale européenne à laquelle il demande de financer la politique de son éventuel gouvernement. Hamon dénonce « la confiscation des décisions fondamentales par la troïka » et estime qu’il n’y aurait « aucun bénéfice pour la France à sortir de l’Europe », mais qu’« y rester dans l’état actuel des institutions ne peut que nous préparer collectivement à un futur sinistre ».
(6) Y compris l’aile radicale du mélenchonisme. Patrick Hébert écrit à propos de la mobilisation sur la loi Travail (dans Informations ouvrières, 9 mars) : « Le gouvernement a cru avoir gagné. Mais c’était une victoire à la Pyrrhus. La loi travail est certes passée… et le gouvernement a perdu à tel point que Hollande n’a pas été en mesure de se représenter »« Victoire », donc… le Code du travail est en miettes, mais Hollande ne peut se représenter…

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