dimanche 19 mars 2017

Pour les 13 de Maruti Suzuki une lettre de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT à Son Excellence, l' Ambassadeur de l'Inde à Paris

Pour les 13 de Maruti Suzuki
 une lettre de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT à  Son Excellence, l' Ambassadeur de l'Inde à Paris






Monsieur l’ambassadeur,



Le 17 mars, le tribunal du district de Gurgaon rendra sa décision concernant les peines appliquées aux 31 travailleurs reconnus coupables des incidents du 18 juillet 2012 dans l’usine de la compagnie Maruti Suzuki Manesar Plant, lors desquels un dirigeant a malheureusement perdu la vie. 13 travailleurs ont été inculpés de meurtre et la peine de mort a été requise à leur encontre. Pour 18 autres, diverses inculpations ont été prononcées telles qu’intrusion de domicile, association de malfaiteurs, rébellion, possession d'armes et délits divers.

La décision du tribunal de district après un procès qui a duré quatre ans et demi ne se basera pas sur des preuves indiscutables mais sur des rumeurs et des motivations politiques. Lors des audiences, aucune preuve même circonstancielle n'a pu être établie pour affirmer que l'un ou l'autre des accusés ait pu causer les violences et encore moins la mort d'un des directeurs.

La Confédération Générale du Travail (CGT) condamne la probable décision du tribunal.

Sur les 148 travailleurs qui furent arrêtés sur le champ, sans aucune enquête ni procès, aucune charge n'a été retenue contre 117 travailleurs qui ont été mis en détention provisoire pendant au moins 31 mois. Le refus de leur libération provisoire fut motivé par les juges de la manière suivante : « Ces incidents sont tout à fait déplorables car ils portent atteinte à la réputation de l'Inde dans le monde. Les investisseurs étrangers risquent de ne plus investir en Inde par crainte des mouvements sociaux ».

La décision de justice contredit également les conclusions du médecin légiste et de l'enquête menée sur les lieux qui ont été portées à la connaissance du tribunal. Un élément indiscutable est que des responsables de la compagnie, y compris celui qui a porté plainte en premier, et qui ont été cités comme témoins à charge, ont indiqué qu'ils n'étaient même pas sur les lieux au moment des incidents.

11 sur les 13 qui sont accusés de meurtre, Meher, Sarabjeet Singh, Sarvjit Dhillon, Ram Vilas, Pawan Kumar, Sohan Lal, Ajmer Singh, Sukh Kumar, Amarjeet, Yogesh et Dhanraj Bambi étaient les responsables du syndicat des travailleurs de Maruti Suzuki. Ils étaient sur les lieux le jour des incidents. Le douzième, Jiya Lal, le jour des incidents, faisait l'objet d'une mesure disciplinaire pour avoir protesté contre une insulte raciste de la part d'un contremaître car il fait partie de la caste des Dalit. Quant à la 13ème réquisition de peine de mort, elle est incompréhensible. A la différence des autres, le tribunal avait accordé une libération sous caution.






Depuis 2012, les travailleurs de l'usine ont cherché à s'organiser syndicalement. Malgré l’opposition du gouvernement régional et de la direction de l’entreprise, le gouvernement dut finalement reconnaitre le fait syndical début 2012.

La direction continua de refuser de reconnaître le syndicat et de négocier de bonne foi.

Des incidents violents se déroulèrent le 18 juillet 2012 et la direction de Maruti-Suzuki en profita pour se débarrasser du syndicat, de ses dirigeants et de plus de 2 300 travailleurs qui furent licenciés sans motifs.

Ses décisions sont une attaque fondamentale contre le droit des travailleurs de se syndiquer et plus généralement contre les libertés syndicales.

La CGT est solidaire de tous les adhérents du syndicat Maruti Suzuki et, tout particulièrement, des camarades accusés de meurtre et de leur famille. La CGT salue la détermination des 25 000 travailleur-euse-s de Maruti Suzuki qui, le 14 mars, ont boycotté la cantine dans une démonstration de solidarité.

Dès le début de la lutte, NTUI, confédération syndicale avec laquelle la CGT milite pour les droits des travailleur-euse-s et les libertés syndicales, est à leur côté.

La CGT s’associe à NTUI pour demander l’acquittement des 31 accusés et demande leur remise en liberté immédiate.

La CGT c’est montrée toujours soucieuse et intéressée au respect des libertés syndicales et des Droits de l’homme, partout dans le monde.

C’est pourquoi, Monsieur le Ministre, nous exigeons votre intervention urgente afin que les Droits de l’Homme soient respectés en Inde.

Nous ne doutons pas que vous serez sensible à notre demande et vous saisirez l’urgence et la nécessité de votre intervention.

Dans l’attente de vous lire, recevez, Monsieur le Ministre, nos salutations les meilleures.









Philippe MARTINEZ Secrétaire général de la CGT


note annexe


 Le 18 mars, à 16 heures, heure locale, le tribunal de Gurgaon en Inde a condamné les treize travailleurs syndicalistes de Maruti-Suzuki à la prison à vie, et quatre autres à cinq ans d’emprisonnement. Le Comité ouvrier international (COI/IWC) qui vient de communiquer ces informations appelle plus que jamais à la solidarité internationale des travailleurs et des organisations syndicales. Plus d’informations dans la journée.


Les messages sont à adresser à  amb.paris@mea.gov.in 



Please, send copy of your letters to Indian embassies to :

owcmumbai2016@gmail.com


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