jeudi 19 janvier 2017

LA NUIT DU CHASSEUR NIGHT OF THE HUNTER Un film de Charles Laughton (1955)

LA NUIT DU CHASSEUR

NIGHT OF THE HUNTER


Un film de Charles Laughton (1955)



Beaucoup de choses ont été dites sur ce film et tous ceux qui l'ont vu se souviennent de l'effet de stupeur et d'effroi qui les a saisis
La beauté formelle des images, la composition des plans comme des tableaux et l'empathie qui nous prend pour ces enfants pourchassés par un démon.
Pourtant, on ne peut comprendre ce film si l'on ne prend pas en compte la profonde inquiétude religieuse de son auteur.
Pour Laughton, le mal existe et il peut prendre une forme humaine, mais cette forme est un masque, elle est fragile et souvent le visage du démon se laisse voir.Ses apparitions elles mêmes, comme dans la scène où à cheval il suit le cours de la rivière ont quelque chose d'irréel et enfin sa nature se révèle dans le cri de bête qu'il pousse alors qu'il est menacé par la bonne fée qui protège les enfants
Le mal est puissant et il s'acharne sur les faibles, celui qui meurt pendu pour avoir voulu par le crime échapper à la misère qui le ronge et celle qui meurt de n'avoir pas su reconnaître le Diable et comme Ophélie dort dans les eaux profondes d'une rivière
Il ne reste aux enfants que la fuite éperdue sur les eaux noires et au milieu d'une nature habitée par la peur, l’inquiétude et la mort qui toujours est aux aguets.
Si le Bien finit par triompher, nous sentons bien à quel point ce triomphe est précaire et que ce monde qui s'est révélé aux enfants sera toujours hanté par la peur d'un cauchemar qui n'aura jamais de fin, parce que lui aussi tisse la trame de nos vies.
Les mains jointes du démon sont un peu l'allégorie de tout le film, l'amour et la haine, le bien et le mal dans un combat qui ne peut avoir de fin et où la victoire de l'un ou de l'autre ne fait qu'annoncer une bataille nouvelle.

Un film à voir et revoir, si vous voulez avoir peur , vibrer, trembler et ressentir le tressaillement de l’inquiétude même quand vous allez soupirer





Lu dans les critiques

C’est un conte, une parabole, un cauchemar. C’est un film sublime sur l’enfance, l’initiation, la perte de l’innocence, mais aussi une satire féroce de l’hypocrisie sociale, du puritanisme et de la bigoterie. C’est une étude sur la névrose sexuelle, la frustration, la mégalomanie. Jamais aucun autre film n’est parvenu à contenir autant de richesses, de ruptures esthétiques et de digressions (l’épisode du bourreau qui rentre border ses enfants) en donnant une telle impression de complétude et d’harmonie.



Les Inrocks



Le sujet prend sa substance dans l’imaginaire de l’enfance, entre Histoire Sainte et contes de fées, entre rêve et cauchemar. C’est Hansel et Gretel chez Barbe-Bleue, c’est l’ogre et le Petit Poucet, le loup et l’agneau. Laughton conjugue l’inconscient et le symbole pour faire de La nuit du chasseur un stupéfiant poème, une parabole où l’enfant est roi dès lors qu’on lui rend le droit à la parole. Le film touche à la perfection d’une image où se déploie la palette infinie qui relie le noir au blanc, utilisant les ombres, les flous, les contrastes, et le clair-obscur qui rend la vérité des visages et des âmes. Chaque plan semble travaillé comme un tableau, dans une recherche constante d’équilibre et de sens. 
Si la première partie garde une narration assez classique, tout bascule avec la fuite des enfants qui prend des allures de légende, une "fuite en Egypte" dont John, l’aîné, s’appropriera un peu plus tard l’histoire. La rivière devient la mère protectrice, la véritable mère se transformant en une sorte de "Dame du Lac" qui veille sur ses petits.
Le postulat de base est très manichéen, renforcé par les fameux tatouages des phalanges de Robert Mitchum : LOVE - HATE. C’est l’innocence contre le mal, l’enfance contre la noirceur du monde. Mais, derrière la façade, rien n’est aussi tranché. Il faut savoir reconnaître le démon derrière les beaux discours. Car c’est bien de démon qu’il s’agit, de la pire espèce, celui qui se cache derrière le costume du prêcheur, et débite des sermons aussi noirs que son âme. "Mais il ne dort jamais ?" s’interroge John en le voyant une fois de plus sur leurs traces. Le Mal ne dort jamais, précédé par sa mélopée comme une odeur de soufre, M le maudit. Un air qui passe à travers le film, la chanson du démon, qui précède le malheur et qui s’oppose à celle des enfants, le chant de la rivière, la berceuse qui rassure. 


La beauté de la voûté étoilée surplombant la fuite des enfants sur la rivière, la disposition de ces derniers sur la barque en forme d’arrangement floral, la poursuite diurne du voyage dans un paysage qui résume l’essence du genre pastoral, les animaux qui apparaissent comme autant d’agréments saluant l’inépuisable diversité formelle de la création naturelle (le plan aux lapins par exemple) n’évoquent pas la manière de l’auteur d’un joli coup d’essai qui devrait toujours confirmer ses capacités dans son œuvre suivante. Laughton connaît d’emblée autant la ligne de Raphaël que le dégradé de Léonard, il préfère la synthèse des siècles à l’originalité à tout prix. C’est un artiste modeste qui fait naître l’émotion à force de se mettre au service de son sujet par des images guidées par l’économie de moyens refusant tout ésotérisme lié à un mysticisme de la nature mal digéré.











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