mercredi 12 octobre 2016

Même à l’agonie… Editorial de la Tribune des travailleurs du 12 octobre 2016


Même à l’agonie…

Editorial de la Tribune des travailleurs du 12 octobre 2016


Par Daniel Gluckstein 
La Ve République a été fondée comme un régime à vocation corporatiste. Un régime où les organisations syndicales intégrées à l’État sont sommées de concourir à « l’intérêt général » – c’est-à-dire à la bonne marche du système capitaliste – et de renoncer à défendre les intérêts particuliers des travailleurs.
Quelle que soit leur couleur politique, les gouvernements de la Ve République essaient tous d’avancer dans cette direction, se confrontant à la résistance de la classe ouvrière et de ses organisations.
A l’agonie, le gouvernement Hollande-Valls ne déroge pas à la règle.
Interrogée par 20 Minutes, la ministre El Khomri rappelle que « l’évolution des conditions de travail » entreprise par entreprise est prévue par sa loi, mais que « rien ne pourra changer sans l’accord d’organisations syndicales représentant au moins 50 % des salariés ». La preuve par SFR : « En août dernier, la direction et les organisations syndicales ont négocié un accord de méthode sur la réduction progressive des effectifs du groupe à échéance fin 2018 qui pourrait potentiellement concerner 5 000 emplois. Cet accord, je le rappelle, a été signé de façon majoritaire par les organisations syndicales. » Cinq mille suppressions d’emplois avalisées par certaines organisations syndicales : voilà, selon la ministre, de quoi rassurer les salariés de SFR (et d’ailleurs).
Autre ministre, même politique : Najat Vallaud-Belkacem se félicite de l’accord qu’elle vient de signer avec différentes organisations (dont le SNESUP-FSU, le SGEN-CFDT et l’UNEF), un accord qui « pourra difficilement être défait » car « tous les acteurs vont se l’approprier et le faire leur ». Ce que Le Figaro résume : « Mettre d’accord tout le monde (…) afin d’autoriser légalement la sélection des étudiants (…) sans mettre si possible les étudiants dans la rue avant les élections. »
Nul ne peut se voiler la face : il se trouve dans ce pays des organisations capables de se prononcer, les dimanches et jours de fête, pour l’abrogation des contre-réformes du gouvernement… et de consacrer le reste de la semaine à signer avec le gouvernement (et la CFDT) des accords d’application des contre-réformes (1).
La défense des droits collectifs arrachés par la lutte de classe suppose des organisations syndicales indépendantes, qui ne soient liées ni au gouvernement actuel, ni au gouvernement futur, ni à un candidat, ni à un autre. Elle suppose l’existence d’organisations syndicales liées à un seul mandat : la défense des intérêts matériels et moraux des salariés.
Il s’agit là d’une question éminemment politique, celle de la démocratie politique incompatible avec la Ve République corporatiste.
En finir avec la Ve République et l’Union européenne, préparer les conditions d’une Assemblée constituante souveraine établissant la démocratie : ces mots d’ordre politiques – au centre de la conférence de délégués du 5 novembre – découlent logiquement du combat pour l’abrogation de toutes les contre-réformes.
(1) Lire également en page 9 l’article consacré à l’accord de méthode dans la métallurgie.

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