dimanche 4 septembre 2016

« Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur sort, à le subir comme la passion du Christ. Le monde gagne beaucoup à leur souffrance »,, parole d'une sainte...

Mère Teresa était une fanatique, une fondamentaliste et une imposture


: « Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur sort, à le subir comme la passion du Christ. Le monde gagne beaucoup à leur souffrance », 

Je crois que c'est Macaulay qui disait qu'il fallait rendre hommage à l’Église catholique romaine pour (et elle lui devait sa longévité) sa capacité de gestion et de contrôle du fanatisme. Un compliment oblique propre à une époque bien plus sérieuse. Ce qu'il y a de si frappant dans la «béatification» d'une femme qui se targuait d'être «Mère» Teresa, c'est cet abject asservissement, du côté de l’Église, aux forces du show-biz, de la superstition et du populisme.

L’œil est tout d'abord piqué par un éclat de mauvais goût. D'habitude, quelqu'un ne pouvait être nommé à la «béatification», première étape vers la «canonisation», que cinq ans après sa mort. Un garde-fou contre les excès d'enthousiasme local ou populaire, et la promotion de personnages douteux. Jean-Paul II aura nommé MT un an après son décès en 1997. D'habitude, une procédure d'enquête se mettait en route, comportant notamment l'examen d'un advocatus diaboli, «l'avocat du diable», histoire de vérifier la crédibilité des affirmations extraordinaires. Jean-Paul II aura supprimé ce cabinet et, à lui tout seul, créé davantage de saints instantanés que la somme de tous ses prédécesseurs depuis le XVIe siècle. 

Un miracle? Une arnaque

Quant au «miracle» devant être attesté, que peut-on en dire? A l'évidence, tout catholique respectable se tord de honte face à la grossièreté de l'arnaque. Une Bangladaise, Monica Besra, affirme qu'un rayon de lumière est sorti d'une photo de MT, qu'elle avait en sa possession à son domicile, et l'a guérie d'une tumeur cancéreuse. Son médecin, le Dr. Ranjan Mustafi, déclare que sa patiente n'a jamais eu de cancer et que son kyste tuberculeux s'est résorbé grâce aux médicaments qu'il lui avait prescrits. A-t-elle été interrogée par les enquêteurs du Vatican? Non. (Je précise que j'ai moi-même été soumis à cette enquête, qui demeure des plus superficielles. Reste que la procédure exige que l'on consulte des sceptiques, consultation qui, dans ce cas, aura été de la pure esbroufe).
Selon un article non-contredit du journal italien L'Eco di Bergamo, le Secrétaire d’État du Vatican a envoyé en juin un courrier aux cardinaux de la Curie leur demandant, de la part du pape, leur avis sur la canonisation immédiate de MT. L'intention manifeste du pape: accélérer le processus pour pouvoir célébrer la cérémonie de son vivant. La réponse fut négative, selon Père Brian Kolodiejchuk, le prêtre canadien agissant en qualité de postulateur, ou juge d'instruction, de la «canonisation». Trop tard. Les dégâts, à l'intégrité propre du processus, avaient déjà été faits.

Une extrême réactionnaire

Lors des délibérations du Concile de Vatican II, sous l'intendance du Pape Jean XXIII, MT était en première ligne pour s'opposer à toute suggestion de réforme. Ce qu'il fallait, insista-t-elle, c'était davantage de travail et davantage de foi, pas de révision doctrinale. Une position ultra-réactionnaire et fondamentaliste, même en termes catholiques orthodoxes. De fait, les croyants sont enjoints d'abhorrer et de refuser l'avortement, sans pour autant devoir considérer l'avortement comme «le plus grand destructeur de la paix», ce que déclarera MT devant une audience médusée lors de la remise de son Prix Nobel de la Paix. De même, les croyants sont enjoints d'abhorrer et de refuser le divorce, sans vouloir qu'une interdiction du divorce et du remariage soit inscrite dans la constitution de leur pays, ce que demandera MT lors d'un référendum en Irlande (son camp perdra de peu) en 1996. La même année, elle déclarera au Ladies Home Journal qu'elle était heureuse du divorce de son amie la Princesse Diana, parce que son mariage avait été manifestement malheureux...
Et nous voilà revenus à la corruption médiévale de l’Église, qui vendait des indulgences aux riches, tout en prêchant le feu de l'enfer et la continence aux pauvres. MT n'était pas une amie des pauvres. Elle était une amie de la pauvreté. Elle disait que la souffrance était un cadeau de Dieu. Elle passera sa vie à combattre le seul traitement connu contre la misère –l'autonomisation des femmes et leur émancipation d'une existence de bêtes de somme à la reproduction obligatoirement compulsive. Et elle était une amie des pires des riches, qui profita des biens mal acquis de l'atroce famille Duvalier en Haïti (dont elle ne cessa de louer le régime, pour faire bonne mesure) ou des largesses de Charles Keating, du scandale éponyme. Où sont allés tout cet argent, toutes ces donations? A sa mort, son hospice de Calcutta était aussi délabré que de son vivant –malade, elle préférera se faire soigner dans des cliniques privées californiennes– et son ordre refusera toujours l'audit. Il nous reste ses bonnes paroles: elle aurait ouvert plus de 500 couvents dans plus d'une centaine de pays, tous au nom de sa congrégation. Pardonnez-moi, mais s'agit-il de modestie? D'humilité?
Le monde des riches a une misérable conscience et on aima souvent y apaiser ses tourments en envoyant de l'argent à une femme apparemment défenderesse des «plus pauvres d'entre les pauvres». Mais les gens n'aiment pas admettre qu'ils ont été nigauds ou entubés. L'avènement du mythe servit à leur donner une contenance, tandis que des médias paresseux préférèrent s’asseoir sur leur droit de suite. Si bon nombre de bénévoles partis à Calcutta en revinrent violemment désillusionnés par la raideur idéologique et l'amour de la pauvreté qui suppuraient des «Missionnaires de la Charité», leurs dires ne purent que tomber dans des oreilles de sourds. L'avertissement de George Orwell dans son essai sur Gandhi –que les saints doivent toujours être présumés coupables avant d'être prouvés innocents– fut noyé sous un flot de propagande pour cœurs d’artichaut et cervelles de piaf.
Parmi les fléaux de l'Inde, à l'instar d'autres pays pauvres, il y a le chaman charlatan, qui dépouille le souffrant par ses promesses de guérison miraculeuse. Le 19 octobre 2003 aura été un jour merveilleux pour ces parasites, qui auront vu leurs minables méthodes adoubées par sa sainteté et la presse internationale leur dérouler plus ou moins le tapis rouge. Oubliées les règles élémentaires de la logique, à savoir qu'à allégations extraordinaires, il faut des preuves extraordinaires et que ce qui s'affirme sans preuves peut aussi être infirmé sans preuves. Qui plus est, nous avons assisté à l'élévation et à la consécration du dogmatisme extrême, de la foi étriquée et d'un culte d'une personnalité humaine des plus médiocres. Beaucoup plus de gens sont pauvres et malades à cause de la vie de MT, et encore davantage seront pauvres et malades si son exemple est suivi. Elle était une fanatique, une fondamentaliste et une imposture, et une Église qui protège officiellement ceux qui violent l'innocent nous montre, une nouvelle fois, quelle est sa position réelle en matière morale et éthique.

MÈRE TERESA : TOUT SAUF UNE SAINTE…

Les faits déboulonnant le mythe de mère Teresa
Dans leur article, Serge Larivée et ses collègues font aussi état d’un certain nombre de problèmes dont le Vatican n’a pas tenu compte dans le processus de la béatification de mère Térésa, soit « sa manière pour le moins discutable de soigner les malades; ses contacts politiques douteux; sa curieuse gestion des faramineuses sommes d’argent qu’elle a reçues et un dogmatisme excessif notamment à l’égard de l’avortement, de la contraception et du divorce. »
Les malades doivent souffrir comme le Christ sur la croix
Au moment de son décès, mère Teresa avait ouvert 517 missions accueillant les pauvres et les malades dans plus de 100 pays. Ces missions ont été qualifiées de mouroirs par des médecins ayant visité plusieurs de ces installations à Calcutta. Les deux tiers des personnes fréquentant ces missions espèrent y trouver un médecin pour être soignées et l’autre tiers agonise sans recevoir les soins appropriés. Les médecins y observent un important manque d’hygiène dans les locaux, voire de l’insalubrité, une rareté de soins réels, un régime alimentaire insuffisant et l’absence d’antidouleurs. Ce n’est pas un manque d’argent qui est en cause – la Fondation mise sur pied par mère Teresa a amassé des centaines de millions de dollars – mais une conception particulière de la souffrance et de la mort : « Il y a quelque chose de très beau à voir les pauvres accepter leur sort, à le subir comme la passion du Christ. Le monde gagne beaucoup à leur souffrance »,

répond-t-elle aux reproches, rapporte le journaliste Christopher Hitchens. Et pourtant, lorsque mère Teresa a eu besoin de soins palliatifs, c’est dans un hôpital américain ultramoderne qu’elle les a reçus.

Contact politique douteux et comptabilité obscure
Mère Teresa était très généreuse de ses prières, mais plutôt avare des millions de sa fondation au regard des souffrances de l’humanité. Lors des nombreuses inondations majeures en Inde ou lors de l’explosion d’une usine de pesticides à Bhopal, elle offre ses prières ou des médailles de la Sainte Vierge, mais aucune aide directe ou monétaire. Elle n’a pas non plus de scrupules à accepter la Légion d’honneur et une bourse de la part du régime dictatorial des Duvalier en Haïti. C’est par millions que l’argent transitait dans les divers comptes bancaires des MC, mais la plupart des comptes étaient tenus secrets, énumère Serge Larivée. Compte tenu du «caractère parcimonieux de la gestion des œuvres de mère Teresa, on peut se demander où sont passés les millions destinés aux plus pauvres parmi les pauvres ? » se questionnent les chercheurs.
Un excellent plan média vers la sainteté
Malgré tous ces faits troublants, comment mère Teresa a-t-elle pu réussir à se construire une image de sainteté et de bonté infinie? Selon les trois universitaires, la rencontre à Londres en 1968 de Malcom Muggeridge de la BBC, un journaliste anti-avortement partageant les valeurs de l’aile droite catholique, est déterminante. Ce dernier décide de faire la promotion de la religieuse qui découvre alors l’efficacité des médias de masse. En 1969, il réalise un film dithyrambique sur la missionnaire et il en fait la promotion en affirmant qu’on peut y voir le « premier miracle photographique », qu’il attribue à mère Teresa alors qu’il aurait dû l’attribuer à la nouvelle pellicule mise en marché par Kodak. S’ensuit de nombreux voyages pour la religieuse sur les cinq continents, de nombreux prix, dont le plus prestigieux, le Prix Nobel de la paix. Dans son discours de remerciements, au sujet des Bosniaques violées par des Serbes et désirant avorter, elle dira : « I feel the greatest destroyer of peace today is abortion, because it is a direct war, a direct killing – direct murder by the mother herself. »( je pense que l'avortement est le plus grand destructeur de la paix, parce qu il est une guerre et un meurtre commis par la mère elle même)
À la suite de son décès, le Vatican décide ne pas attendre les habituels cinq ans avant d’ouvrir le procès en béatification. Le miracle qu’on lui attribue est la guérison d’une femme, Monica Besra, souffrant d’une intense douleur à l’abdomen. L’application sur son abdomen d’une médaille bénite par mère Teresa l’aurait guérie, prétend cette femme. Pourtant, ses médecins sont d’avis contraire : le kyste ovarien et la tuberculose dont elle souffrait ont été guéris par les médicaments qu’ils lui ont administrés. Le Vatican conclut malgré tout au miracle. La popularité de mère Teresa était telle qu’elle en était devenue une intouchable pour la population, qui l’avait elle-même déclarée sainte. Pour le Vatican, quoi de mieux que la béatification, puis la canonisation « de ce modèle pour revitaliser l’Église et inspirer les fidèles surtout à l’heure où les églises se vident et l’autorité romaine décline », suggèrent les chercheurs.

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