mardi 23 août 2016

Le Brexit leur brûle les doigts L'éditorial de la Tribune des travailleurs du 17 aout 2016

Le Brexit leur brûle les doigts

L'éditorial de la Tribune des travailleurs du 17 aout 2016

La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne pourrait être reportée… à fin 2019.
The Sunday Times (14 août), qui révèle cette information, fournit trois explications.
Une : le Premier ministre Theresa May s’est engagée à respecter l’article 50 du traité de Lisbonne qui prévoit deux ans de négociations pour sortir de l’Union européenne.
Deux : mais Theresa May n’aura pas recours à l’article 50 avant la n 2017. Motif : son gouvernement n’arrive pas à recruter un personnel qualifié pour les négociations ; et en plus, il dit ignorer « quelles sont les bonnes questions à poser lorsque, finalement, ils commenceront à discuter avec l’Europe ».
Trois : 2017 étant année d’élections générales en France et en Allemagne, engager la négociation avant pourrait troubler ces échéances.
Résumons : le 23 juin, le peuple britannique a décidé souverainement la sortie de l’Union européenne, mais il devrait rester prisonnier des traités et de leurs mécanismes de négociation, du bon vouloir des institutions européennes et des autres gouvernements…
Aucun secteur significatif de la bourgeoisie britannique ne veut réellement s’engager sur la voie de la rupture. Même en crise, l’Union européenne reste un instrument de la domination du capital financier nord-américain sur l’économie mondiale. Qu’un secteur de la classe capitaliste britannique veuille renégocier tel ou tel aspect de ses engagements, c’est une chose, mais s’engager sur une voie de rupture avec le capital financier des États-Unis, la bourgeoisie britannique n’y est pas prête, et pour cause ! Voilà pourquoi elle tergiverse. Voilà pourquoi son gouvernement tourne autour du pot…
Ce Brexit leur brûle les doigts.
Ici se vérifie le commentaire du Financial Times au lendemain du référendum : « C’est un vote de classe », de la classe ouvrière, précisait-il.
Seuls les travailleurs, la jeunesse, les couches populaires n’ont rien à perdre à la rupture, au contraire !
D’une manière ou d’une autre, la classe ouvrière britannique, prenant appui sur le mandat du 23 juin, cherchera, par son propre mouvement, à imposer l’exigence de rupture qui s’y est exprimée. Les grèves de chemins de fer en plein été en sont une première manifestation. Nul doute que la question sera au centre des congrès du Labour Party et des Trade Unions, prévus au mois de septembre.
Une nécessité s’impose, celle de la constitution d’une force politique ouvrière qui agisse consciemment pour aider à réaliser la rupture contenue dans le vote de classe du 23 juin.
Le même problème n’est-il pas à l’ordre du jour en France ?
Après cinq mois de lutte de classe contre la réforme El Khomri, le débat politique ne peut se réduire à savoir qui, une fois élu président, aura l’honneur d’appliquer les diktats de l’Union européenne.
Deux mille militants de toutes tendances du mouvement ouvrier ouvrent une autre perspective : la constitution d’une force politique agissant ouvertement pour la rupture avec l’Union européenne et la VRépublique, pour la souveraineté du peuple et l’élection de l’Assemblée constituante souveraine.
Daniel Gluckstein

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