mardi 7 juin 2016

Satisfaction a-t-elle été obtenue ? (éditorial de la Tribune des Travailleurs N°42 du 8 au 14 juin 2016)

Satisfaction a-t-elle été obtenue ?

(éditorial de la Tribune des Travailleurs N°42 du 8 au 14 juin 2016)


A chaque mobilisation ouvrière resurgit la sainte alliance des briseurs de grève.
Aux « arguments » traditionnels s’ajoutent cette année l’approche de l’Euro et les inondations.
Et puis, en 2016, cette sainte alliance englobe un large spectre politique de droite à gauche, ainsi que le Medef, bien sûr, mais aussi François Hollande déclarant ce 7 mai : « Il y a un moment où, selon une formule célèbre, il faut savoir arrêter une grève. » Formule empruntée à Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français en 1936. Lequel avait, plus précisément, eu ces mots : « Il faut savoir terminer une grève dès que la satisfaction a été obtenue. »
Il y aurait matière à discuter sur le fait de savoir si satisfaction avait vraiment été obtenue en 1936 (1). Mais il est un fait indiscutable : lorsque cette phrase fut prononcée, les accords Matignon venaient d’être signés, qui limitaient à quarante heures la semaine de travail, et instauraient les congés payés.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
La classe ouvrière a-t-elle obtenu satisfaction ?
La loi travail est toujours là, intacte, véritable machine de guerre pour détruire le Code du travail.
Mme Hidalgo, maire de Paris — et par ailleurs partisane de Martine Aubry, réputée à la gauche du Parti socialiste — appelle à son tour à « mettre entre parenthèses un certain nombre de conflits ». Mme Hidalgo aurait été mieux inspirée d’appeler le gouvernement à mettre entre parenthèses la loi travail. Elle ne le fait pas. Pas plus que son amie Martine Aubry, à la manœuvre pour tenter de convaincre les organisations syndicales de se satisfaire d’un éventuel amendement marginal de l’article 2 de la loi El Khomri.
Le président de la SNCF n’est pas en reste qui déclare ce même jour : « Il n’y a plus aucune raison de faire grève. » Motif invoqué ? Un accord soumis à la signature des organisations syndicales. Cet accord donne-t-il satisfaction aux revendications des cheminots ? D’aucune manière : l’actuelle organisation du travail est remise en cause et une disposition de l’accord permet même d’y déroger en fonction des besoins bien compris de l’entreprise ou du service, c’est-à-dire de la compétitivité, remettant en cause les droits collectifs.
Tous ces briseurs de grève alternent menaces et propos doucereux pour tenter d’amadouer les travailleurs et leurs organisations, et leur faire prendre des vessies pour des lanternes, et des reculs sociaux pour des avancées.
A quoi répond clairement le secrétaire du comité régional CGT de Midi-Pyrénées, interrogé parLa Dépêche du Midi : « Il y a eu un lot considérable d’amendements et quelques aménagements qui, pour nous, sont insignifiants. On s’est cristallisé sur l’article 2. Mais il n’y a pas que ça. Nous demandons le retrait complet. Ensuite, nous sommes prêts à discuter. On ne va pas se voir pour changer une virgule. Ça, il fallait y penser avant. »
(1) Ou si tout n’a pas été fait alors pour empêcher la classe ouvrière de s’emparer du pouvoir : nous y reviendrons cet été dans La Tribune des travailleurs.

Aucun commentaire: