mardi 10 mai 2016

La balle, aujourd’ hui, est dans le camp du mouvement ouvrier Face au coup de force (En avant première, compte tenu de la situation politique, l'éditorial de la Tribune des Travailleurs du 11 mai 2016)

Face au coup de force

Editorial de la Tribune des travailleurs du 11 mai 2016


(En avant première, compte tenu de la situation politique, l'éditorial de la Tribune des Travailleurs du 11 mai 2016)
Le gouvernement a donc décidé d’utiliser l’article 49-3 de la constitution pour faire passer la réforme El Khomri, impuissant qu’il était à dégager une majorité de députés en sa faveur. Il choisit donc l’arme la plus antidémocratique de la Constitution antidémocratique de la Ve République pour passer en force contre des millions de travailleurs et de jeunes qui, depuis deux mois, manifestent et font grève pour le retrait du projet (appuyés, selon les sondages, par plus de 70 % de la population opposés à la loi et au 49-3).
La démocratie étant, en principe, le pouvoir entre les mains de la majorité, le retrait de la réforme El Khomri en constitue une exigence élémentaire, pourtant bafouée par le gouvernement.
Comment formuler à présent la question combinée de la défense du Code du travail et de la défense de la démocratie ?
Au plan institutionnel, la majorité de députés qui refuse de voter la loi El Khomri pourrait adopter une motion de censure du gouvernement. L’adoption de la réforme serait alors bloquée. Mais cela supposerait que les députés du Parti socialiste concernés (et ceux du Front de gauche) placent l’opposition à la réforme au-dessus de tout soutien au gouvernement. Hypothèse, à ce stade, peu probable.
Alors ? En l’absence de tout moyen institutionnel, il n’existe, face au coup de force de Hollande et Valls, qu’un recours : le rapport de force. Et la grève pour l’imposer.
Selon une formule consacrée, « on ne déclenche pas une grève générale en appuyant sur un bouton ». Certes. Mais si les travailleurs ont, dans leur lutte de classe, constitué des organisations, c’est pour qu’elles prennent leurs responsabilités.
Ce qu’elles ont fait en de nombreuses circonstances où la démocratie était en danger.
C’est de la direction de la Fédération de l’Education nationale (FEN, syndicat ultra majoritaire dans l’enseignement à cette époque) qu’a surgi l’appel à manifester contre le coup d’État de De Gaulle en 1958.
C’est du congrès confédéral de la CGT-Force ouvrière qu’est sorti, en 1969, l’appel au vote non au référendum qui prétendait instaurer le corporatisme.
Plus près de nous, le 31 mars dernier, CGT et CGT-Force ouvrière, ainsi que FSU et Solidaires, ont su appeler à la grève interprofessionnelle et aux manifestations pour le retrait.
Il ne fait aucun doute que si les organisations ouvrières unies adressaient au gouvernement un ultimatum le menaçant — s’il persistait dans son coup de force — d’appeler à la grève totale pour le retrait, alors le gouvernement serait amené à y réfléchir à deux fois.
En engageant le bras de fer, Hollande et Valls ne laissent qu’une alternative au mouvement ouvrier : ou bien renoncer au combat de résistance ; ou bien en appeler à la mobilisation jusqu’au bout, en appeler à la grève jusqu’au retrait, et l’organiser.
« La balle est dans le camp des députés », a-t-on pu lire ici ou là la semaine passée. Les « débats » de l’Assemblée nationale (lire page 5) montrent le contraire.
La balle, aujourd’hui, est dans le camp du mouvement ouvrier.




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