mardi 26 avril 2016

En ces heures décisives Editorial de la Tribune des travailleurs du mercredi 20 avril 2016

En ces heures décisives

Editorial de la Tribune des travailleurs du mercredi 20 avril 2016

1ere page TT35A situation exceptionnelle, initiative inhabituelle.
Appelant à la grève interprofessionnelle le 28 avril, les organisations syndicales CGT, FO, FSU et Solidaires proposent la tenue d’assemblées générales dans les entreprises, les services, les ateliers, dans un objectif clairement formulé : que les travailleurs puissent — si le gouvernement n’a pas retiré le projet El Khomri le 28 — décider des moyens permettant d’imposer ce retrait.
C’est évidemment la question de la grève qui est ici posée. Non pas la grève d’une journée, mais jusqu’au retrait, dans une situation qui se tend et voit travailleurs et jeunes de plus en plus déterminés à faire céder le gouvernement.
« Mais une grève générale, cela ne se déclenche pas en appuyant sur un bouton, les organisations n’ont pas à décider à la place de la classe ouvrière », objectent certains responsables.
Certes. Mais peut-on en rester là ?
Un responsable syndical avait naguère pour devise : « Les directions des organisations proposent, les masses disposent. » Nous étions alors bien d’accord sur ces deux termes, dont chacun a son importance.
Les masses disposent : « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », écrivirent naguère Marx et Engels. Plus qu’une formule, c’est le programme de l’émancipation ouvrière. Les directions des organisations proposent : c’est leur responsabilité.
La question est posée en ce moment même au Brésil confronté à la tentative de coup d’Etat fomentée par l’impérialisme et ses représentants contre la classe ouvrière, ses organisations, la Centrale unique des travailleurs, le Parti des travailleurs, la démocratie. N’a-t-il pas raison, ce responsable du mouvement des travailleurs ruraux sans-terre qui propose, comme seule réponse à la hauteur de la situation, la grève générale dans l’unité des travailleurs et de leurs organisations — partis, syndicats, organisations des sans-terre, organisations populaires — pour bloquer le coup d’Etat ?
En France se prépare un coup d’Etat (aux apparences légales, comme au Brésil) : un gouvernement isolé fait appel à une Assemblée nationale croupion, dans le cadre d’institutions antidémocratiques, pour tenter, contre la volonté largement majoritaire, de détruire les droits conquis par plus de 150 ans de luttes de classe et cristallisés dans le Code du travail.
En ces heures décisives, les organisations ouvrières édifiées par et dans la lutte de classe seraient dans leur rôle si elles déclaraient : nous qui avons appelé à la grève le 31 mars et le 28 avril, nous nous engageons, si le gouvernement ne cède pas le 28, à proposer la grève jusqu’au retrait et à appeler les assemblées générales à en discuter et à décider.
Nul doute qu’ainsi invités à engager la grève par leurs organisations qui « proposent », les salariés sauront dans quel sens « disposer »… et se disposer.
Écartant toute hésitation et toute tergiversation, le front commun et soudé des travailleurs et des organisations a la capacité d’imposer le rapport de force, par la grève totale, et de faire reculer le coup d’Etat contre la démocratie et les droits ouvriers.
A Paris comme à Brasilia.

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