samedi 26 mars 2016

PALMYRE, désastre culturel majeur et antiquités tachées de sang

PALMYRE, désastre culturel majeur et antiquités tachées de sang

Au moment où semble se confirmer la libération de l'antique cité de Palmyre, il nous a semblé utile de publier le point de vue d'un expert de l'UNESCO cité par le site d'informations Sputnik

"Il s'agit d'un désastre culturel majeur, car il y a des excavations illicites à l'échelle industrielle. On sait qu'il y a énormément d'objets qui sont mis en vente ou dans des dépôts dans l'attente d'être vendus. Donc c'est déjà une catastrophe culturelle majeure pour le peuple syrien et irakien et pour la communauté internationale, parce qu'il faut rappeler qu'il ne s'agit pas de n'importe quelle partie du monde: c'est le berceau de notre civilisation […] C'est aussi une tragédie du point de vu humanitaire et sécuritaire, parce que le trafic illicite de ces biens nourrit la criminalité organisée et peut-être même le terrorisme et donc l'argent qui va à l'achat et au recel de ces objets contribue directement à aggraver la situation humanitaire et sécuritaire des populations affectées."
Un recel qui peut rapporter gros. Selon les chiffres généralement admis, les revenus pour Daech générés par ce trafic seraient de l'ordre de 20 à 30 millions de dollars, ce qui en ferait la deuxième source de revenus de l'organisation terroriste, après le pétrole.
Toutes sortes d'objets sont concernés: si des pièces telles qu'une tête de statue ou une stèle sculptée ont été retrouvés respectivement chez un antiquaire New-Yorkais et dans une vente à Londres, Giovanni Boccardi évoque d'autres types d'antiquité retrouvés par les autorités. Cela va des pièces de monnaies aux statues funéraires de riches commerçants de la ville antique, vieilles de plus de 2000 ans, en passant par les cylindres mésopotamiens avec leurs inscriptions cunéiformes, vestiges inestimables des débuts de l'écriture. Des objets aujourd'hui interceptés en grand nombre, laissant présager de la quantité pharaonique de ceux qui ne le sont pas.

"On parle de 6 000 objets d'origine syrienne, saisis par les autorités turques. Il y aussi des objets saisis récemment en Bulgarie et même en Slovénie, des statues d'alabastre de l'époque sumérienne. En Italie, on parle de 90 objets, l'UNESCO essaie de garder un contre-rendu et d'assurer la coordination entre INTERPOL et les autorités nationales pour ensuite faciliter le retour de ces objets dans leurs pays d'origine, quand cela est possible."
"Il est compliqué pour nous d'empêcher ce business à la source; ce qu'on peut faire est le rendre beaucoup plus compliqué au niveau de la demande, c'est-à-dire en Europe ou dans d'autres régions du monde, et pour cela il y a des mesure juridiques, il y a des mesures techniques, d'information. l'UNESCO fait beaucoup de formation d'agents des douanes et de police, mais là où des moyens de communication, comme vous, pouvez aider, c'est dans la sensibilisation: pour faire comprendre — une fois pour toute — qu'il ne s'agit pas d'un +crime innocent+, comme on l'a parfois appelé, c'est-à-dire quelque chose qui n'est pas légal, mais qui ne fait de mal à personne. Ce n'est plus le cas: on parle de +blood antiquities+, des antiquités tâchées de sang, car contribuer à ce trafic c'est contribuer à la criminalité organisée, au terrorisme."

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