mercredi 16 mars 2016

Le bal des jésuites L'éditorial par Daniel Gluckstein - la Tribune des travailleurs du 9 mars 2016

Le bal des jésuites

L'éditorial par Daniel Gluckstein - la Tribune des travailleurs du 9 mars 2016

Depuis plus de cinq siècles, les jésuites ont la réputation de dire le contraire de ce qu’ils font, et de faire le contraire de ce qu’ils disent…
Au bal des jésuites, a brillé ce 6 mars Raymond Soubie, qui fut conseiller social de Sarkozy et de nombreux gouvernements et ministres depuis trente ans.
Partisan depuis toujours de l’association capital-travail, Soubie est bien sûr favorable au projet El Khomri. Mais il regrette que le gouvernement « ne s’est pas donné le temps de s’expliquer », surtout à un moment où « les esprits sont inquiets » et où « les gens font de moins en moins confiance aux hommes politiques ».
Soubie s’alarme aussi de la possible entrée en mouvement des jeunes, qui « constituent toujours un ferment dangereux pour tout gouvernement ».
Plus que le précédent du CPE, il a en tête « le syndrome de 1995 » qui avait jeté dans la rue et dans la grève des millions de travailleurs unis avec les organisations syndicales de classe
contre le plan Juppé.
Craintes et réflexions de bon sens, dira-t-on…
Le jésuitisme pointe le bout de son nez quand Soubie s’adresse aux jeunes en prétendant que« le projet de loi El Khomri ne les cible pas en particulier », que son « objectif n’est pas de faciliter les licenciements » et que le CPA est « une idée magnifique ».
Mais sur le parquet bien ciré de la maison des jésuites, Valls a ouvert le bal vingt-quatre heures avant Soubie.
Dans Le Journal du dimanche, il verse une larme sur les jeunes condamnés à l’intérim ou aux CDD, pour conclure : « Il faut casser les barrières à l’entrée du marché du travail sur lesquelles viennent se fracasser des milliers de jeunes et de chômeurs peu qualifiés. Le CDI doit devenir la règle. »
Ben voyons…
Remplacer les CDD par des CDI : Ô l’idée généreuse que voilà ! Seulement voilà : quelques questions plus loin, Valls tombe le masque. Le projet de loi va permettre « aux très petites entreprises et aux petites et moyennes entreprises d’anticiper sur ce que leur coûterait un licenciement plutôt que d’embaucher systématiquement en CDD ou d’avoir recours à des intérimaires, de sous-traiter. Cela les inciterait à embaucher en CDI. »
C’est sûr : avec une nouvelle « loi travail » qui rendrait le licenciement d’un jeune en CDI plus facile que le licenciement d’un jeune actuellement en CDD, nul doute que les patrons deviendront des chauds partisans du « CDI ».
Nul doute, non plus, que les jeunes et les travailleurs ne se laisseront pas abuser par les emberlificotages des jésuites de tout poil, de gauche comme de droite, et de leurs soutiens. Sur des mots d’ordre clairs — « Retrait du projet VallsEl Khomri, ne touchez pas au Code du travail » — le bloc soudé et uni des travailleurs, des organisations ouvrières et de la jeunesse a la capacité d’imposer le retrait total.
Dehors le projet El Khomri !
Et dehors les jésuites qui n’ont d’autre préoccupation que de soumettre la jeunesse et la classe ouvrière à une surexploitation sans limite, sans droits, sans garanties !

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