mardi 23 février 2016

A la croisée des chemins L'éditorial par Daniel Gluckstein - la Tribune des travailleurs du 16 février 2016

A la croisée des chemins

L'éditorial par Daniel Gluckstein - la Tribune des travailleurs du 16 février 2016

Valls se déclare déterminé à « aller jusqu’au bout ». Il s’engage à faire passer, en quelques semaines, la loi de démantèlement du Code du travail, la prorogation de l’état d’urgence et la réforme de la Constitution dans un sens encore plus autoritaire.
Dans ce contexte, les informations concernant la mise en place du compte personnel d’activité (CPA) doivent attirer l’attention de tous. Sous couvert de sécuriser le parcours professionnel des salariés soumis de plus en plus à la précarité et au chômage, le CPA individualise la situation de chacun. C’est en réalité un moyen de remettre en cause tout ce qui est collectif : les statuts et conventions collectives, et le Code du travail lui même.
Que Hollande veuille en faire « la grande réforme sociale de son quinquennat », c’est dans la logique de toute sa politique anti-ouvrière. Que le Medef et la CFDT y soient favorables, c’est dans l’ordre des choses.
Mais qu’en est-il du mouvement ouvrier ? Depuis près de 200 ans, les travailleurs ont arraché des conquêtes sociales et des droits collectifs par leur lutte de classe.
Dans le même mouvement, ils ont construit leurs organisations ouvrières. Si ces organisations constituées par, pour et dans la lutte de classe acceptaient demain de devenir l’instrument de la dislocation des droits collectifs, c’est leur propre existence qui serait menacée. Comme serait menacée la démocratie politique qui suppose l’existence d’organisations syndicales indépendantes.
Du point de vue du gouvernement, il y a une cohérence. Elle est d’inspiration nettement corporatiste. Dans un même mouvement il prétend prolonger l’état d’urgence et faire un pas supplémentaire dans la voie de l’intégration des organisations par la co-législation : la « position commune » sur le CPA, si elle était signée, devrait être incorporée dans la loi El Khomri.
Pour les travailleurs, il y a une contradiction. Comment des organisations ouvrières qui sont issues historiquement de la vieille CGT, et qui dénoncent la « politique ultra libérale du gouvernement » (évoquant même la nécessité de se mobiliser contre elle), peuvent-elles apporter leur soutien à la mise en place du CPA (lire page 5) ?
Nous avons, dans les colonnes de ce journal, à plus d’une reprise, alerté sur la signification des « groupes de travail » par lesquels le gouvernement prétend associer les organisations syndicales à la mise en oeuvre de ses contre-réformes. Qu’en est-il sorti, sinon exactement ce que le gouvernement avait prévu et annoncé ?
Aujourd’hui, le mouvement ouvrier est à la croisée des chemins. Le 9 mars, sera présenté le projet de loi El Khomri. Les salariés et les militants sont en droit d’attendre des organisations qui parlent en leur nom qu’elles renoncent à toute forme de soutien, direct ou indirect, au gouvernement et à sa politique.
Et qu’elles s’engagent sur la voie de la réalisation du front uni et résolu pour imposer, par la mobilisation de millions et de millions, le retrait du projet El Khomri.

Aucun commentaire: