mercredi 4 décembre 2013

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Intérêt général, intérêts particuliers (2)

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L’EDITO d’INFORMATIONS OUVRIERES
par Daniel Gluckstein,
Secrétaire national du POI.
« Les Bonnets rouges ne désarment pas », relève la presse. Sur les vidéos de la manifestation de Carhaix du 30 novembre, on peut voir et entendre cette patronne : « Nous avons amené ici avec nous nos (sic) employés car nous avons les mêmes intérêts. » Mais aussi ce délégué syndical : « Enlevons nos étiquettes, qu’elles soient de droite, de gauche et surtout syndicales. » Invités à communier sous le prétendu « drapeau breton » (1), ouvriers et patrons, syndicalistes ouvriers et responsables du Medef et de la FNSEA, élus politiques de droite et de gauche entendent le porte-parole des Bonnets rouges, Christian Troadec, les appeler à « briser le carcan jacobin pour inventer une gouvernance régionale nouvelle ».
Naguère, la classe capitaliste en plein essor a, pour ses propres besoins, abattu les provinces et les privilèges de l’Ancien Régime, édifié la République une et indivisible, et instauré la libre administration des communes. Dans ce cadre, par sa lutte de classe, la classe ouvrière a inscrit ses conquêtes (liberté d’organisation, droit de grève, législation du travail et droits collectifs) et ses institutions (organisations ouvrières, Sécurité sociale, etc.). Par son propre mouvement, elle a donné son plein contenu à la démocratie politique.
Aujourd’hui, prise à la gorge par la crise de son système et obsédée par la « baisse du coût du travail », la classe capitaliste (et le gouvernement à son service) prétend briser le cadre national des conquêtes ouvrières, quitte à disloquer la République et la démocratie dans le cadre de l’Europe des régions.
A contrario, pour défendre ses intérêts particuliers, la classe ouvrière s’engage sur la voie de la défense et de la reconquête de la démocratie. Dressés contre la réforme Peillon, les enseignants combattent la balkanisation en territoires enfermant l’instruction publique dans le ghetto des lobbies, clochers et autres associations cultuelles. Les fonctionnaires défendant leur statut, les salariés du privé refusant la remise en cause des accords collectifs (2), l’ensemble des travailleurs défendant les retraites et la Sécurité sociale, chacun et tous, arc-boutés à la défense de leurs intérêts particuliers prennent entre leurs mains, par les méthodes de la lutte de classe, le combat de défense et de reconquête de la démocratie et de la République, au compte de l’immense majorité.
Mais jamais, au grand jamais, la classe ouvrière ne peut se situer sur le terrain du prétendu « intérêt général », prôné ces jours-ci par certains (3). Qu’il soit breton, lorrain, français, ou européen, « l’intérêt général » reste le cache-sexe du corporatisme, qui prétend intégrer les organisations ouvrières aux institutions de la classe capitaliste.
C’est pourquoi le comité départemental du Finistère du POI a bien raison de mettre en garde contre les manifestations communes patrons licencieurs-ouvriers licenciés, et de se prononcer pour l’action unie des travailleurs et de leurs organisations, seule à même de bloquer le gouvernement et sa politique.
(1) Inventé en 1923 par Morvan Marchal, régionaliste breton, condamné en 1945 pour collaboration avec les nazis.
(2) Notamment par la mise en œuvre de l’ANI mis en place par la CFDT et le Medef.
(3) Les dirigeants des cinq confédérations syndicales, dont la CFDT et la CGT, soumettant « l’expression légitime des intérêts particuliers » à « l’intérêt général » (voir notre précédent numéro), ou Jean-Luc Mélenchon qui définit son initiative du 1er décembre comme « une marche pour l’intérêt général » (Ouest-France, 26 novembre).

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